J'ai tout de suite aimé la complexité déroutante des sites de FiHL et son univers serial, qui multiplie à l'infini des images outrageusement sexuelles. Voyeur, il mate mais il mate bien et fort, et si la femme est prise comme un objet sexuel, elle est aussi prise dans les filets d'une réelle dramaturgie photographique qui lui donne toute sa beauté.
Ici, pas de photos à l'eau de rose, plutôt un immense réservoir d'émotions brutes dans lequel j'ai navigué en aveugle, avec une extrême jubilation! Alors n'hésitez plus, plongez, déambulez au hasard de sa toile pléthorique, qui est une oeuvre grandeur nature.
FiLH m'a écrit...
Je butte sur l'érotisme que je trouve insupportable à plus d'un titre.L'entre deux, fut ma réponse à l'érotisme, l'érotisme et ce jeu de cache cache, de distance, de frôlements, de mise en scène surtout. Oui tu t'offres, mais oui tu es loin. Et si l'offrande était acceptée ? Et si
oui cueillir le modèle de la main, faire ce pas qui bascule tout était possible ?
Bahh.. de l'autre côté, il reste la répétition, moins de mise en scène peut-être, mais encore et toujours, désirer une autre fille, une de plus. Deux ans, fin
provisoire de L'entre deux. Fin provisoire dans l'attente d'une vraie coopération, dans l'attente de la personne qui voudra elle aussi mettre vraiment la main à la pâte.
Baudry dit que l'obscène est l'inverse de la métaphore, voulant toucher du coeur, j'ai touché du corps. Face à l'érotisme je propose ma petite
obscénité. Et voilà pourquoi peut-être j'ai cliqué sur mailto.
Un portrait ?
Obsédé sexuel dès ma plus tendre enfance, faire ces photos est une des façons d'utiliser cette particularité parmi d'autres. Parti d'un noir et blanc des plus classiques je suis allé voir ce qu'il y avait sur les bords. L'entre deux est une période de deux ans.
PORNOGRAPHIE
La photographie pornographique est exceptionnelle, la seule photographie qui réalise le «ça a été» mythique. Il y a eu un sexe bandé, il y a eu un sexe pénétré, cela n'a pas été joué. Il n'y a pas de distance entre une photographie pornographique et son référent.
En ce sens la pornographie relève plus de la technique que de son sujet. Le pornographique c'est l'exposition brute brutale avec l'illusion que cette exposition nous dirait quelque chose, alors que cette brutalité même empèche toute autre réaction épidermique.
Un des buts que je m'étais donné avant même de commencer des séries était de réaliser des photographie à la fois artistiques et pornographiques. C'est un échec. S'il est possible de faire des photographies artistiques d'une grande crudité il n'est pas possible de les rendres pornographique, car l'art ne peut exister sans la distance, sans un espace métaphorique. On peut prendre des photo pornographiques, les exposer comme oeuvre d'art, elles ne garderont de pornographique que leur origine, mais elles seront désignées comme autres.
Entre l'art et la pornographie il existe une autre barrière, celle de la provocation. La pornographie ne provoque rien, à part des érections. La pornographie se nourrit des fantasmes les plus standards, aucune originalité ne la peuple . Puisqu'elle colle au plus près, elle ne décolle pas. Il ne faut pas confondre ici la pornographie avec la sexualité. Si la sexualité peut-être subversive, la pornographie n'en n'offre qu'une vision conforme.
DESIR
Dans une photographie de nu, le jeu du désir est orienté : le photographe, et à travers lui le spectateur désire, la femme est désirée. La situation est bloquée dans une double passivité. Le désir du photographe est limité par l'objectif, la femme est soumise à l'image que l'on souhaite d'elle. À travers son modèle, le photographe ne met en scène que son propre désir et pour mieux se protéger il rend le spectateur complice de par leur position voyeuse commune.
Je veux une femme désirante plutôt qu'une femme désirée. De passive elle doit devenir active. Ce passage s'effectue en rompant la barrière dressée entre le photographe et le modèle : pour que le désir s'exprime il lui faut un objet, le modèle ne peut désirer sans personne en face de lui. Pour que le désir vive, il faut un échange, il ne faut pas qu'il reste dans une situation figée. De mis en scène, le désir est mis en jeu.
Prises de l'intérieur, les photos participent aussi au jeu. L'appareil est acteur autant que témoin. Et sa position de témoin est mise à mal par sa participation active. Cette disposition entraîne une mise en danger de chacun : le modèle doit à la fois affronter directement le désir qu'elle provoque et y répondre ; le photographe doit assumer son désir seul et au grand jour ; le spectateur se retrouve seul voyeur de l'histoire sans photographe alibi.
Retrouvez les photos et les textes de Fhil sur Fhil, l'entre-deux
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