Du hamac d'amour et autres polissonneries {pour curieux amateurs de littérature}

C'est en furetant sur L'Alamblog que j'ai découvert ce dessin insolite de Jean-Jacques Lequeu, architecte du XVIIIème siècle, nommé "La guinguette et le hamac d'amour", comprenons "Guinguette de l'entrée du petit bois admirable"  {Ce hamac d'amour est dans le petit jardin de voluptés des plus agréables }

Lequeu_guinguette

Ni une, ni deux, me voilà aiguillée par le Préfet Maritime, alias Eric Dussert sur Gallica à la recherche de ce hamac et je l'espère secrètement, d'autres petites curiosités architecturales. Le résultat de ma recherche a défié toutes mes espérances. Me voilà nez à nez avec de curieux "cratères" de jeunes filles dans des "conjonctures de Vénus" assez particulières...

Lequeu1

[ Age nubile]

Lequeu107

[Un autre cratère d'une fille adolescente dont on voit la pureté virginale]

Lequeu107_2

[Jeune cou (con) dans une attitude des conjonctures de Vénus]

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[ Action des parties sexuelles d'une fille qui veut concevoir pour enfanter : elle était alors dépucellée ]

Lequeu110

[Cratère d'une fille adolescente animée de désir déréglé : elle est couchée sur le dos les deux cuises [sic] levées et bien ouvertes, de manière qu'on voit le pucellage forcé]

De quoi commencer, pour les amateurs, un joli catalogue de cons!

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Je vous invite, et même je vous commande d'aller voir le blog L'Alamblog d'Eric Dussert, trublion éclectique et passionnant du monde de l'édition ( L'esprit des Péninsules, Serpent à plume, Phébus), qui lutte sans merci contre l'oubli d'auteurs oubliés, et ô combien honorables! L'Alemblog est la resurrection "virtuelle" de la très "atypique, nécessaire et gratuite" revue L'alambic, destinée aux "curieux amateurs de littérature", qui renait par ailleurs aussi en version papier sous la forme d'une collection pour les éditions l'Arbre Vengeur. Pour la petite histoire et voir la "Bibliographie exhaustive de la collection l'Alambic", c'est ici. Pour une autre entrée, allez voir du coté Du métier d'écrire des polissonneries.

De l'amour du livre

"On nait bibliophile ou amoureux du livre; les meilleurs homélies ne changeraient rien au caractère. Le premier est un gourmand, quasiment glouton, friands de mets chers, recommandés, mis en montre; l'autre, un gourmet qui goute et ne mange qu'à son appetit, même des plats très simples".

Fragonardwoman

[ Des livres modernes qu'il convient d'acquérir par Henri Bouchot, 1891]

Lectrice de Fragonard

De l'obscénité

{Comment on apprend que Aphrodite de Pierre Louys est "une ordure", que Guy de Maupassant était un fieffé "pornographe" et que "L'art d'aimer" de Ovide a fait beaucoup de mal à la jeunesse }

Dans le Mercure de France de 1908, La Ligue pour la Liberté de l'Art adresse aux gens de lettres et aux artistes une circulaire dont voici les principaux passages.

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Paris, le 15 juin 1908.

Monsieur

Vous n'ignorez pas qu'un Congrès international contre la Pornographie a tenu ses assises à Paris, les 21 et 22 mai derniers... Nous croyons devoir appeler l'attention des hommes de lettres et des artistes sur une des résolutions prises par ce Congrès. C'est pourquoi nous avons l'honneur de vous faire savoir que le Bureau international d'information contre la littérature immorale, siégeant à Genève, a reçu la mission de fonder une "Union internationale de toutes les sociétés contre la pornographie".

Le but de cette Union est simple : Informer, c'est-à-dire dénoncer. Grâce à l'Union internationale, toute œuvre pornographique sera dorénavant, dès son éclosion signalée aux sociétés anti-pornographiques du monde entier, en sorte qu'elle pourra être poursuivie, condamnée ou interdite immédiatement, non seulement dans son pays d'origine, mais aux quatre coins du monde.

La Société des Gens de Lettres (de Paris) ayant apporté son adhésion solennelle au Congrès international contre la pornographie et, conséquemment, ayant approuvé l'extension des pouvoirs du Bureau international d'Information (de Genève) on peut, sans doute, avoir toute confiance dans ledit Bureau international pour faire respecter partout les droits de l'art français. La pornographie, seule, est visée cela est évident. Mais encore faudrait-il savoir exactement ce que c'est que la Pornographie. A défaut d'une définition précise que le Congrès ne nous a pas donnée, nous trouvons dans les rapports des Congressistes de précieux renseignements. En sachant ce que l'on condamne aujourd'hui, nous pouvons deviner ce que l'on condamnera demain.

Lisons donc ces rapports :

M. JOSEPH PAPPERS, instituteur à Cologne, premier secrétaire de la Fédération des Sociétés masculines contre la pornographie, déclare qu'en Allemagne c'est surtout la "Science qui sert de manteau à l'impudeur" (Rapports sur l'état de la pornographie dans chaque pays et sur sa législation, page 5).

M WILLIAM COOTE, secrétaire de la Littérature immorale et de la Législation (!) de Londres, s'enorgueillit, au nom de la National vigilance Association, d'avoir arrêté et fait condamner les traductions de Zola et de Maupassant (id., pp. 22 et 23).

M. JOSEPH CELS, de Bruxelles, secrétaire général de la Ligue belge contre la licence des étalages et de l'immoralité (sic), déclare obscène "la représentation par l'écrit, par l'image ou par le geste, de tout ce qui peut éveiller les passions sexuelles ou provoquer des curiosités malsaines" (id., p. 32).

Cette "définition" de l'obscénité a permis à la Ligue dont M. Cels est le secrétaire de faire interdire en Belgique de nombreux livres et de nombreux journaux français (dont le Rire et la Vie Parisienne) et de faire saisir, ces jours derniers, les publications pornographiques suivantes :Aphrodite, de Pierre Louys ; Claudine à l'Ecole, de Willy ; Une Passade, de Pierre Veber ; l'Art et le Beau, de Louis Legrand ; les Dessous de Bruxelles, de Maurice Saye ; les Images galantes, de John Grand-Carteret ; ainsi qu'un grand nombre d'œuvres de Paul de Kock, Armand Silvestre, etc. (Le Journal du Matin, de Bruxelles, 25 mai 1908).

M. BÉRENGER, de Paris... Mais tout le monde connaît son œuvre... C'est par ses soins qu'ont été condamnés ou poursuivis Jean Richepin, Paul Adam, René Maizeroy, Catulle Mendès, Raoul Ponchon, Oscar Méténier, Hugues Delorme, Lucien Descaves, Willette, Louis Legrand, Forain, Louis Morin, Jean Veber, Steinlen, et cent autres...C'est par son omnipotence dirigeant les lois répressives et supprimant les lois de liberté (notamment la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la Presse) qu'une dizaine de "petits" journaux sont interdits dans certaines gares, en même temps que quelques livres parmi lesquels Tigre et Coquelicot, de M. Charles-Henry Hirsch, et Une vie, d'un certain pornographe déjà condamné eu Angleterre : Guy de Maupassant. (Bien que ces faits soient de notoriété publique, il est évident que la Société des Gens de Lettres les ignorait. Elle ne connaissait M. Bérenger que comme auteur de la fameuse loi de sursis — qu'il n'a pas inventée, du reste.)

M. REGOUT, député, délégué de la Société hollandaise pour l'honneur et la vertu estime obscènes "les dessins dans le genre de ceux qui se trouvent dans le Rire et le Deutsche Zitz-Hatt et les écrits de même nature". Des pièces comme Vous n'avez rien à déclarer, ou die Dame von Maxim, sont, pour lui, "d'une obscénité incroyable" (id., p. 42).

M. le Professeur RODOLFO BETTAZZI, de Turin, s'est adressé au procureur du roi "pour obtenir qu'il ne permît pas l'exposition des plus sales vignettes de l'Asino" (id., p. 49). Il est bon de dire que l'Asino est un journal exclusivement satirique anticlérical.

Enfin, M. JÉROME PERINET, de Genève, président du "Bureau international d'information contre la littérature immorale" dont nous parlons plus haut, s'exprime ainsi :"Tous les livres obscènes publiés en France, en Allemagne, en Autriche, en Italie, nous arrivent en Suisse et remplissent nos kiosques. Les plus mauvais, nous obtenons encore de les faire ôter de la montre, mais de nouveaux apparaissent aussitôt, plus nombreux et pires que les autres. C'est ainsi que vient d'apparaître en montre, partout, un volume à 95 centimes de la "Modern-Bibliothèque" : La leçon d'amour dans un parc, etc. Cette édition illustrée à bon marché fait beaucoup de mal à la jeunesse. Paris-Galant, Aphrodite, les Aventures du roi Panzoles (sic), l'Art d'aimer, d'Ovide, etc." (id., p. 53).

Et, plus loin (p. 54), à propos de théâtre :"Nous avons en Suisse, bien souvent, des troupes de passage qui nous apportent sur la scène des pièces ignobles, comme celle que l'on joue en ce moment à l' "Espérance" : Amour et Cie. Ce n'est pas de l'obscénité, c'est de la cochonnerie toute pure, et il y a chaque soir salle comble. Nous nous sommes plaints à la police. Quand une pièce est connue pour être immorale, les comités différents en réfèrent aux autorités compétentes et obtiennent souvent ce qu'ils demandent. C'est ainsi que le comité de Lausanne a fait cesser dernièrement la représentation d'Education de Prince. Sur la demande de la municipalité la direction du théâtre a supprimé les représentations de cette pièce et les a remplacées par d'autres."

A quibusdam disce omnes.

Nous avons intentionnellement puisé nos exemples dans les rapports écrits de Messieurs les Membres du Congrès international contre la Pornographie. Nous compléterons bientôt cette énumération, d'après les déclarations verbales tombées de la bouche des orateurs, au cours des quatre séances qu'a tenues le Congrès. Mais il fallait que l'on sût, tout de suite, que l'œuvre de ces Messieurs va se continuer désormais, et que les Sociétés anti-pornographiques du monde entier ont décidé d'obéir au mot d'ordre lancé de Genève. Il fallait que l'on sût qu'Education de Prince est une saleté, qu'Aphrodite est une ordure, et que la Morale, dès aujourd'hui, condamne tout cela.

Que ne condamnera-t-elle pas demain ?

P.-S. — Pour les artistes qui croient encore que les Ligues antipornographiques ne poursuivent que la pornographie et qu'elles respectent l'Art, citons cet extrait du rapport de M. Joseph Pappers (pages 13) :

"Pour déclarer qu'une chose est obscène et par conséquent de nature à blesser la morale en général, le juge doit s'inspirer du sentiment du peuple avec lequel il a au moins autant de points de contact que l'artiste. L'artiste qui, par profession, s'occupe de nudités, n'est peut-être pas choqué par des illustrations de ce genre. Mais son opinion ne saurait influer sur le prononcé du jugement. On ne peut pas non plus faire entrer en ligne de compte qu'une illustration est exécutée d'une façon artistique. En dépit de l'art, et souvent même à cause des raffinements artistiques d'une œuvre, le sujet de cette dernière peut agir sur les sens de la façon la plus pernicieuse.On ne peut dire combien les appréciations favorables des artistes ont déjà causé de mal." M. Bérenger avait déjà dit : L'art n'est pas une excuse.

L'adresse de la Ligue est 111, avenue Victor Hugo-Paris.

Le Nouveau Nouveau Magasin d'Ecriture

Cela fait déjà un petit moment qu'il est sorti, mais ce livre a rejoint enfin ma petite bibliothèque et j'en suis folle! C'est le Nouveau Nouveau magasin d'écriture de Hubert Haddad aux éditions Zulma.

C'est une monstrueuse, une gigantesque, une encyclopédique machine à rêve,

une folle, foisonnante, érudite fabrique d'imaginaire,

un hallucinant, somnambulique, nocturne monde de fantaisie et d’étrangeté.

Magasin_ecriture

Plus de 600 pages surchargées élégamment de gravures et de textes, comme autant d'appel à la lecture et surtout à l'écriture, pour tous ceux que la page blanche rend frileux ou pour "les fous littéraires" qui veulent explorer de nouveaux territoires de la langue, de la fiction et du récit.

Car si Hubert Haddad convoque Lautréamont, Rimbaud, La Fontaine, Proust, Emily Bronte, Kafka, Borges, etc., une multitudes de peintres et graveurs de l'art symboliste, fantastique ou baroque, des botanistes, des inventeurs, des grands voyageurs, astronomes ou architectes visionnaires, son propos reste  d'explorer les secrets de la création littéraire.

Il nous invite en permanence à suivre ses petits cailloux de mots et d'image, il nous suggère des pistes d'écriture, nous guide à travers certaines méthodes et nous pousse à élargir nos horizons métaphoriques et analogiques.

Ce gros livre est un cabinet de merveilles! Un objet littéraire non identifié a découvrir d'urgence!

Le bric à brac de l'amour

Merci, merci, merci! A ces bloggeurs étudiants en Master Professionnel d’Édition qui ont résolu de nous dévoiler les oeuvres méconnues d'auteurs tout aussi méconnus, en prenant le parti d'exhumer "les vieux cochons", "comprenez: les écrivains grivois en déperdition".

Pour ce faire, chacun édite en ligne, dans un format blog, à grand renfort d'illustrations et de notes explicatives, les oeuvres ci-nommées, que je vous invite vivement à découvrir:

Cythère, dix minutes d'arrêt de Léon Valbert

Fleurs d'adultère de Aurélien SCholl

La traite des Blanches de Jean-LOuis Dubut de La Foret

Nouvelles érotiques d'Armand Sylvestre

Un amour platonique de Paul Alexis

Le mâle de Jacques d'Adelsward-Fersen 

Paris un de plus de Delord - Frémy - Texier 

Nouvelles érotiques de René Maïzeroy

Je vous laisse le meilleur pour la fin: Le bric à brac de l'amour de Octave Uzanne.

Octave_uzanne

Celui-là, il a du rose dans la plume, son style a du colori, il nous fait frétiller de la nuque au talon...

ce passionné de la femme et des fanfreluches, cet homme du XIX siècle qui rêve encore du XVIIIème et des moeurs libertins raffinés, je l'adore!!!

Catalogue Erotica

Erotica1_2Le Centre d'études du XIX siècle propose en ligne le catalogue Erotica dont fit don  Maître Harry Sutherland, un avocat et grand collectionneur de livres, surtout de livres historiques. On y trouve le catalogue en lui-même qui est riche d'ouvrages connus (Sade, Mirabeau, Apolinaire, Crebillon...) et méconnus et au titres savoureux tels que:

Le brelan de joie; 300 histoires égrillardes pour corser le pot-au-feu conjugal; Le compartiment des dames seules: nouvelles histoires de femmes; La belle polissonne ou le délicieux écart; Le sac à malices; Bijou-de-ceinture ou le jeune homme qui porte robe, se poudre et se farde; Métaphysique du Strip-Tease; La puce indiscrète...

Erotica2_4 Il y a aussi une note interessante sur l'origine et l'état de la collection et des petites vignettes telles que je les aime...

Livre de Boudoir

Livre_du_boudoir_4 Petit coup de coeur pour la couverture "Boudoir" du livre "Le canapé, couleur de feu" de Fougeret de Montbron, qui est par ailleurs une jolie curiosité de littérature érotique du XVIII siècle.

Laissons parler le maître en la matière, Guillaume Appollinaire dans l'introduction du livre:

"Le Canapé, couleur de feu par Fougeret de Montbron, est une des nombreuses productions qui, avec le Sopha de Crebillon le fils, forment cette littérature à transformation, par quoi se manifesta avant tout l'influence des contes orientaux sur les auteurs européens. (...) Il est vrai qu'en France, la tradition de la littérature merveilleuse ne s'etait pas perdue et Perrault avait su remettre en honneur les contes de fées.

Le canapé couleur de feu ressortit a la fois à la littérature merveilleuse et à la littérature galante; l'histoire qui y est apportée a encore l'avantage de ne point avoir été comme le Sopha, habillée à l'orientale. C'est un conte de fées, mais un conte français, et il est de son époque, sur les moeurs de laquelle il nous renseigne.

L'histoire est jolie: un chevalier n'ayant pu satisfaire aux désirs de la laide fée Crapaudine, elle le metamorphose en canapé; il ne doit reprendre sa forme première que lorsque pareille mesaventure aura lieu sur lui. Cela ne manque pas d'arriver lors de la noce d'un vieux Procureur."

"Le canapé couleur de feu : histoire galante / par Fougeret de Montbron. suivie de La belle sans chemise, ou Eve ressuscitée / introd. par Guillaume Appollinaire [sic], Fougeret de Montbron, Jean-Louis (1704?-1761), 1928 - Se vend à Paris à la bibliothèque des curieux"

Carnets de bibliophiles

Dans mes petites recherches virtuelles "bibliophiliques", j'ai succombé à la monumentale érudition du Blog du bibliophile où l'auteur en connaisseur fin et inspiré présente magistralement des livres oubliés et recherchés et des chroniques de passionné autour de la reliure, des illustrations, le marché du livre. Quelques livres m'ont fait saliver comme le "Livre à la Mode" de Caraccioli, le Roman Bourgeois Restif_1 de Furetière (connu pour son dictionnaire personnel), le Portrait rétrospectif de Restif de La Bretonne et son Œuvre. Si vous vous interressez aux "livres interdits, lisez l'article sur L'index Librorum Prohibitorum qui est "la liste des ouvrages pernicieux que les catholiques romains n'étaient pas autorisés à lire, car ils représentaient un danger pour leur foi (en en détournant leurs lecteurs), et pour l'Eglise" (pour hérésie, immoralité, licence sexuelle). Publié au XVI siècle par Paul IV, il fut régulièrement  complété et mis à jour jusqu'en 1961, avant la suppression de l'index par Vatican II en 1966.

En parlant de "livres interdits", vous pouvez en trouver ici avec une introduction à l'histoire des livres interdits au XVIIe et un repertoire.

Rimbaudclauzel Sur un créneau plus specialisé du XIX siècle, Bruno Leclercq commente des livres fin de siècles sur son blog et vend ses livres sur sa librairie en ligne, comme ceux de Mallarmé, Rimbaud, Paul Valery, Paul Verlaine, Villiers de l'Isle Adam, des revues et des textes en ligne de Remy de Gourmont ou sur le Symbolisme de Jean Morèas.

Bertrand Galimard Flavigny partage son amour et sa recherche des livres rares et précieux sur Canal Académie à travers des emissions à visionner. Parmi elles, découvrez le menu autour du Bon usage du chocolat, De l'argot (langage imagé ou langue des voleurs?), Des voeux et des étrennes...

Sur Livres rares, vous pouvez trouver un petit lexique de bibliophilie, un article sur comment reconnaître la valeur d'un livre ancien et le texte sur Le bibliomane, de Charles Nodier.

Bibliomania # 2

Mon terrain de jeu favori est devenu Google Books et Gallica, la bibliothèque virtuelle de la BNF (et sa nouvelle Version 2). On y trouve bien sûr des livres entiers du domaine public à compulser et à télécharger. Mais on ne trouve pas seulement des livres dits « classiques » ; on y trouve des revues, des almanachs, des bulletins, des encyclopédies, des pots-pourris, des anecdotes historiques et émoustillantes, des traités, des manuels bibliographiques et bibliophiliques, des gravures, des livres complètement oubliés parfois interdits, parfois scabreux, des livres érudits, des livres précieux...

Bijou Depuis que j'y rode comme une affamée, une sorte de "fièvre bibliophilique ou bibliomane" me prend; je peux compulser frénétiquement des livres comme "Les Almanachs Français" de John Grand Carteret qui fait l'inventaire de tous les almanachs du XVII et XIX siècle. Ce livre est truffé sur plus de 960 pages d'anecdotes, de gravures parfois galantes et de titres à faire rougir comme "Le bain amoureux", "Les escapades de l'amour ou les dissipations de tous les ages", "Les lacets de venus", "Le bijou des dames", "Les soupers lyriques", "Flore et Zéphire ou les aventures d'un bouton de rose", "Le boudoir de Mélanie" , "Les amants en voyage ou l'amour satisfait", "La partie carrée", "Docteur de Cythère"...

Bijou01

Bien sûr, mes compulsions restent sur des supports numériques... Je n'ai plus qu'une envie désormais: acquérir quelques almanachs, revues 1900 et curiosas dans leurs édition originale, que je pourrais sentir, toucher, regarder avec delectation comme il me plaira, posés sur ma table de chevet ou dans "l'Enfer" de ma petite bibliothèque personnelle...

C'est pourquoi j'ai décidé d'ouvrir cette nouvelle rubrique "Biliomania", dans laquelle je vous ferais partager mes découvertes à la fois numériques et "physiques". J'y ai mis d'anciens posts de la rubrique "Secrets de Bibliothèque" qui y ont désormais toute leur place ici...Les fureurs utérines de Marie-Antoinette, Psychanalyse, fantasme et littérature, De la littérature du XVII et XVIII siècle, Catalogue de curiosa, De l'abus des nudités des gorges.

Je vous quitte sur cette petite question anodine d'un galant à sa dame:

"Le bouton qui vient de vos âmes,

Mérite-t-il d'être sucé?

Dites, Mesdames?"

Biblio Mania #1

J’aime les fruits défendus, et surtout quand ils sont des livres. Quelle est cette joie sauvage et enfantine quand je serre dans mes mains un livre tant convoité, puis lorsque je le feuillette avec une curiosité fébrile ? «  Tu es bibliophile », pourrait-on me répondre.

En effet, le dictionnaire de Littré dit brièvement que la bibliophilie, c’est « L’amour du livre». Mais l’amour du livre est bien vaste. Est-ce tout ?

Le Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts de Marie Nicolas Bouillet est un peu plus précis :

« BIBLIOPHILE (du grec biblion, livre , et philos, ami), amateur de livres, celui qui aime sagement les livres, qui a du goût pour les bons ouvrages et qui sait les discerner d'avec les mauvais. Ce mot se dit par opposition à bibliomane. Il a été formé en France, en 1820, une Société de bibliophiles qui se compose de vingt-quatre membres et de cinq associés étrangers, et qui n'admet dans son sein aucune personne faisant commerce de livres. Elle réimprime des ouvrages rares, et ne les tire qu'à autant d'exemplaires qu'elle compte de membres. »

Donc le bibliophile aime les livres, mais possède un savoir sur ses livres, sur l’objet matériel (la typographie, l’édition,  la reliure, la qualité d’impression, les gravures et illustrations, les exemplaires, les faux, la rareté de l’ouvrage, les livres détruits et perdus, les collections etc. ) et l’objet abstrait (notoriété de l’auteur, valeur du texte, etc ;)

Si je m’en tiens à cette remarque, je ne suis donc pas bibliophile, tant cet art et cette pratique demande une connaissance et une culture phénoménale des livres anciens, rares et précieux. De plus, je ne possède pour l’instant aucun livre ancien, rare ou précieux dans son édition originale. J’en ai certes dans des éditions contemporaines, livres exhumés par des éditeurs bienveillants et audacieux.

Ne serais-je donc pas plutôt « bibliomane »  ou « bibliomaniaque » ou « bibliolâtre »?

Mon cher Littré me dit ceci :

BIBLIOMANE
Celui qui a la passion des livres et surtout des livres rares, des belles éditions, etc.
Termes grecs signifiant livre (voy. BIBLE) et être fou (voy. MANIE).

BIBLIOMANIE
Passion excessive des livres.
La bibliomanie, comme disait feu M. Patin [Guy Patin], a été une des maladies de ce siècle [XVIIe] ; chacun, par un luxe curieux, a voulu avoir des livres, et former de grands corps de bibliothèques. [Vigneul-marville, Mél. d'hist. et de litt. p. 46]

BIBLIOMANIAQUE
Qui tient de la bibliomanie.
Auriez-vous cru que la fureur bibliomaniaque pût aller jusque-là ? P. L. COUR. Lett. I, 324.

BIBLIOLATRE
Du grec, livre, et, adorer.
Celui qui a l'idolâtrie des livres.
Ah ! mon ami, pardonnez-moi ce mot, vous êtes vous-même un grand bibliolâtre, DE BROSSES, Lettres sur l'Italie, XLIX (ce mot est souligné dans l'original).

Narrenschiff_bibliomane_copieLe Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts est encore un peu plus précis :

« BIBLIOMANE (de biblion, livre, et mania, folie), celui qui a la. passion des livres, surtout des livres rares et curieux, et qui les recherche non pas tant pour s'instruire que pour en repaître sa vue et se féliciter de les posséder. La bibliomanie est l'aberration de la bibliophilie. Le mot bibliomanie est de la façon de Gui-Patin. Né en Hollande,à la fin du dix-septième siècle, celle passion règne surtout en Angleterre. où l'on a vu payer des prix fabuleux pour des livres qui n'avaient de valeur que par leur rareté ou leur singularité. Th. Dibdin s'est fait le guide de ses amateurs fanatiques en publiant à leur usage sa Bibliomania (Lond., 1811) et sa Bibliographical Decameron (1817). »

L’Encyclopédie d’Alembert est plus virulente sur le bibliomane :

BIBLIOMANIE, s. f. fureur d’avoir des livres, & d’en ramasser.

« M. Descartes disoit que la lecture étoit une conversation qu’on avoit avec les grands hommes des siècles passés, mais une conversation choisie, dans laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées. Cela peut être vrai des grands hommes : mais comme les grands hommes sont en petit nombre, on auroit tort d’étendre cette maxime à toutes sortes de livres & à toutes sortes de lectures. Tant de gens médiocres & tant de sots même ont écrit, que l’on peut en général regarder une grande collection de livres dans quelque genre que ce soit, comme un recueil de mémoires pour servir à l’histoire de l’aveuglement & de la folie des hommes; & on pourroit mettre au-dessus de toutes les grandes bibliothèques cette inscription philosophique : Les petites maisons de l’esprit humain.

Il s’ensuit de-là que l’amour des livres, quand il n’est pas guidé par la Philosophie & par un esprit éclairé, est une des passions les plus ridicules. Ce seroit à peu près la folie d’un homme qui entasseroit cinq ou six diamans sous un monceau de cailloux.

L’amour des livres n’est estimable que dans deux cas; 1°. lorsqu’on sait les estimer ce qu’ils valent, qu’on les lit en philosophe, pour profiter de ce qu’il peut y avoir de bon, & rire de ce qu’ils contiennent de mauvais; 2°. lorsqu’on les possede pour les autres autant que pour soi, & qu’on leur en fait part avec plaisir & sans réserve. On peut sur ces deux points proposer M. Falconet pour modèle à tous ceux qui possèdent des bibliothèques, ou qui en posséderont à l’avenir.

J’ai oüi dire à un des plus beaux esprits de ce siècle, qu’il étoit parvenu à se faire, par un moyen assez singulier, une bibliothèque très choisie, assez nombreuse, & qui pourtant n’occupe pas beaucoup de place. S’il achète, par exemple, un ouvrage en douze volumes, où il n’y ait que six pages qui méritent d’être lûes, il sépare ces six pages du reste, & jette l’ouvrage au feu. Cette maniere de former une bibliotheque m’accommoderoit assez.

La passion d’avoir des livres est quelquefois poussée jusqu’à une avarice très sordide. J’ai connu un fou qui avoit conçû une extrême passion pour tous les livres d’Astronomie, quoiqu’il ne sût pas un mot de cette science; il les achetoit à un prix exorbitant, & les renfermoit proprement dans une cassette sans les regarder. Il ne les eût pas prêté ni même laissé voir à M. Halley ou à M. le Monnier, s’ils en eussent eu besoin. Un autre faisoit relier les siens tres-proprement; & de peur de les gâter, il les empruntoit à d’autres quand il en avoit besoin, quoiqu’il les eût dans sa bibliotheque. Il avoit mis sur la porte de sa bibliotheque, ite ad vendentes : aussi ne prêtoit-il de livres à personne.

En général, la bibliomanie, à quelques exceptions près, est comme la passion des tableaux, des curiosités, des maisons; ceux qui les possèdent n’en joüissent guère. Aussi un Philosophe en entrant dans une bibliotheque, pourroit dire de presque tous les livres qu’il y voit, ce qu’un philosophe disoit autrefois en entrant dans une maison fort ornée, quam multis non indigeo, que de choses dont je n’ai que faire! »

Bigre ! Si je m’en tiens à cette définition, je ne peux être « bibliomane » : car si je collectionne les livres avec avidité, c’est bien sûr pour m’en « repaître la vue » (quel plaisir quotidien de voir ma bibliothèque, cette « petite maison de l’esprit humain » !), pour me « féliciter des les posséder », mais surtout pour en « jouir » quand il me plait avec « un esprit éclairé », si cela m’est possible !

Où donc alors puis-je me situer ?

Pourtant, j’aime bien ce terme de « Biblio-Manie », manie des livres, comme on peut avoir la manie d’une drogue, cette manie fétichiste de l’objet, car si le monde venait à manquer de livres, je crois que je pourrais devenir très vite insupportable et faire mille folies pour ne serait-ce en trouver un et satisfaire ma soif de lecture.

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Sources :

- Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, D’Alembert, Paris, 1751-1772, 17 vol. de textes, 11 vol. de planches, vol. II, p. 228. Article «Bibliomanie» (1752)

- Le Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts de Marie Nicolas Bouillet, Hachette et Cie

- Gravure : Büchernarr, Holzschnitt, S. Brant, Narrenschiff, 1494

Extraits de l'Enfer de la BNF (1)# Les fureurs utérines de Marie-Antoinette

" Alors parut Coigny, sous le plus joli frac;
Polisson du matin, dont les femmes sont folles:
Il parait en chantant au lever de Toinon,
Parle chevaux, plaisirs, toilettes, fariboles,
Et sait plaire si bien, qu'il lui prend un téton,
Après l’avoir sucé, plus bas il veut descendre.

Toinon feint de dormir, Coigny se permet tout;
Se rend maître du lieu qu'il n'ose pas défendre,
Baise le cul, la motte et pour tout dire fout.
La reine à chaque coup légèrement riposte;
Entrouvre une paupière humide de plaisir,
La referme aussitôt qu'Amour se rend au poste,
Mars et Venus mieux qu'eux jamais s'ont su jouir.

Marieantoinette En fouteur vigoureux Coigny décharge l'âme,
Toinon rend coup sur coup et ne peut resister,
Par les plus chauds baisers elle retrouve sa flamme,
En l'inondant de foutre, elle ose l'imiter.
Par les noms les plus doux elle le récompense.
C'est son Dieu, c'est son tout; c'est tout ce qui lui plait.

Elle voudrait donner un dauphin à la France,
Elle l'en prie en grace et Coigny le lui fait.
Par mille jeux lascifs ce cher dragon prélude,
Il n'avait que foutre avec précautions.
Cette fois d'être honnête, il perdit l'habitude:
Il prépare la voie et la fout tout de bon.

Quel triomphe pour lui! Quels doux moments pour elle.
Quel bonheur pour tout deux! Complaisante Toinon,
Voluptueux Coigny, l'amour vous ensorcelle:
Vous déchargez ensemble à perdre la raison,
Vous êtes seuls au monde et foutez pour la France,
Adieu le jeu du doigt, tribade Jule, adieu.
Il ne faut plus penser à cette jouissance,
Se branler est d'un homme, enconner est d'un dieu !"

Les fureurs utérines de Marie-Antoinette. Femme de Louis XVI. Editions Au Manège, et dans tous les bordels de Paris, 1791. BNF

Des listes et encore des listes...

Vous aimez les listes, les inventaires, les florilèges, les index, les listing, les relevés, les revues de, les séries, les énumérations, les repertoires...?

Vous trouverez tout, tout, tout sur Echolalistes, des listes et encore des listes, sur n'importe quel sujet, littéraire, poétique, érotique, des plus capitales aux plus inutiles, des plus capiteuses aux plus légères...

Pour les amoureux des mots, c'est une delectation de s'y plonger...

Des mots relatifs au posterieur

Liste de citations sur les seins et autres mamelles

Liste de mamelles

Liste concupiscente

Liste des baisers

Liste de sperme

Liste pour faire du sado-maso

Liste des aphrodisiaques

Liste de fantasmes

Et vous? Quel est votre liste préférée? Si vous deviez en faire une, laquelle serait-ce? Si cela vous plait, n'hésitez pas à m'envoyer votre liste sur le sujet de votre choix, que je me ferais un plaisir de mettre en ligne!

Psychanalyse, fantasmes et littérature

Toujours à la recherche de textes rares et curieux, en matière de fantasmes et écrits érotiques, je ne cesse de butiner sur Psychanalyse paris qui propose en ligne une mine "d'articles et éditoriaux sur la psychanalyse et l’inconscient freudien, des comptes rendus de séminaires, des forums et discussions, une bibliothèque de grands textes du domaine public, un dictionnaire de la psychanalyse et un annuaire de sites web."

Fetiche Vous pourrez y trouver des lectures comme : Le fétichisme dans l'amour de Alfred Binet, un entretien improbable accordé par Leopold von Sacher-Masoch au journal Le Figaro du 19 décembre 1886, De la pornochratie ou Les Femmes dans les Temps modernes (1875) de P.J. Proudhon, Le vagin denté de la Reine Victoria et le non rapport sexuel, la passion érotique des étoffes chez la femme...

Une visite à prolonger sur Eros et Thanatos, une annexe de Psychanalyse Paris, qui est une véritable bibliothèque de littérature érotique proposant histoires, textes et récits érotiques libres et gratuits des écrivains et poètes libertins du XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Photo:source inconnue

De la littérature du XVII et XVIII siècle

Comme je me passionne pour la littérature du XVII et XVIII siècle, je vous invite à découvrir ces quelques liens qui m'ont réjoui et qui devrait satisfaire la curiosité des amateurs d'histoire littéraire...

Le_tonnelier_de_breteuil Le XVII siècle de Rene Duschene

La littérature du XVIII siècle Benoit Melançon

Société d'etudes du XVIII siècle corpus et bibliographies, et la Revue du dix-huitième siècle

Association Interdisciplinaire de recherche sur l'epistolaire

Textes clandestins du XVIII siècle

Centre International d'études du XVIII siecle

La revue française propose des articles sur la culture des voyageurs à l'âge classique

Recherches sur Diderot et l'encyclopédie

Le portail du XVIII siècle de Wikipedia

La France des lumières de Wikipedia

Si vous connaissez d'autres liens dans le genre, n'hesitez pas à nous les faire partager.

Catalogue de curiosa

C'est LE catalogue de curiosa, d'ouvrages érotiques et pornographiques sur le web: Biblio Curiosa mis en ligne par une collectionneuse, doctorante en Etudes Littéraires (et oui, tout cela c'est très serieux!).

Bibliocuriosa_2 On peut y consulter des fiches de livres très détaillées via des index par thémes, par auteurs, par titres, par collections/editeurs ou par illustrateurs.

"Fondée le 28 janvier 2006, cette bibliographie en ligne des ouvrages érotiques, pornographiques et curiosa se veut essentiellement un outil de recherche complémentaire aux bibliographies de ce genre déjà existantes (Les Livres de l'Enfer de Pascal Pia, la Bibliographie des principaux ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage de Jules Gay, les deux volumes de la Bibliographie des ouvrages érotiques de Jean-Pierre Dutel, et bien d'autres).

Le présent catalogue contient plus de 850 titres, majoritairement francophones. En plus des oeuvres de fictions, vous y trouverez des essais, des anthologies et des revues abordant directement ou indirectement l'érotisme, la sexualité, la pornographie, l'obscène dans les domaines artistiques, culturels, littéraires, sociaux ou historiques.

Cette bibliographie est en constante évolution. Non seulement, nous continuons d'acquérir de nouveaux titres, particulièrement dans notre champ de recherche principal qui est la littérature sadomasochiste, mais nous ajoutons régulièrement de nouvelles informations, nous corrigeons les données en fonction de nos connaissances et de nos découvertes, etc."

Cons1_2 Parmi  tous les titres, il y en a un que j'aimerais bien me procurer : L'origine des cons sauvages

"L'Origine des cons sauvages, la manière de les apprivoiser, le moyen de prédire toutes choses advenir par iceux, plus le Bail à ferme desdits cons, avec les sens et rentes, et tout ce qui en dépend, plus la Source du gros fessier des nourrices, et la raison pourquoi elles sont si fendues entre les jambes."

Un amateur le connait-il? Un extrait à me faire parvenir?

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De l'abus des nudités des gorges

Chronique d'une découverte curieuse...

Le Tartuffe de Molière lança l'anathème contre "les decolletés" pigeonnants lorsque à la vue de Dorine, il s'exclama:

"Couvrez ce sein que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées."

Cette rebellion contre "les decolletés" est une allusion historique (et ironique) aux Confrères du Très Saint-Sacrement de l'Autel. Ceux-ci, en effet, semblent s'être beaucoup préoccupés de « l'immodestie » des toilettes féminines et particulièrement de ce qu'un livre généralement attribué à l'abbé Jacques Boileau appellera « l'abus des nudités de gorge »

Le bon abbé dénonce la pensée des jésuites qui voient  "un grand danger, même une espèce de crime" dans le fait de regarder avec attention "la gorge nue" d'une femme, "dans l’église et en même temps que l’on offre le saint Sacrifice de nos autels". "La vue d’un beau sein n’est pas moins dangereuse pour nous que celle d’un basilic..."

Notons par ailleurs, que cet abbe devait etre un fieffé coquin, pusqu'il publia aussi "L'histoire des flagellants". Il faisait de l'érudition coquine sous couvert d'érudition pincée pour éviter la censure de ces ouvrages.

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Selon Voltaire (dans le Siècle de Louis XIV - 1751) il était, en plus d'être ennemi des jésuites,  "un esprit vif & singulier, qui écrivait comiquement des choses sérieuses & hardies. Il est l'auteur du livre des flagellans & de quelques ouvrages de cette espéce. il disait qu'il les écrivait en latin, de peur que les évêques ne le censurassent; & despréaux son frére disait de lui, s'il n'avait été docteur de sorbonne, il aurait été docteur de la comédie italienne."

Quelques siècle plus tard, revoilà l'abbé Boileau dans une chronique savoureuse de Remy de Gourmont:

"J'ai acheté hier, en flânant sur les quais (où on ne trouve plus rien, disent ceux qui savent chercher, mais qui ne savent pas trouver), deux petits livres, plus curieux encore qu'ils ne sont rares.

L'un, De l'abus des nudités de gorge, insinue que les femmes montrent trop de leur peau, et l'autre, Apothéose du beau sexe, est d'avis qu'elles n'en montrent pas assez. Il va même beaucoup plus loin dans la galanterie, mais tenons nous en à ce point de vue. Le premier de ces livrets présente l'opinion du XVIIe siècle ; le second donne celle du XVIIIe. Comme il faut peu de temps pour que les idées des honnêtes gens changent du tout au tout ! Quarante ans à peine séparent les deux traités et tandis que l'un réprouve l'usage qu'avaient les femmes de sortir les épaules et la gorge nues, l'autre ne serait nullement choqué d'une mode encore un peu plus libertine.

L'époque du Directoire réalisa ses vœux, mais notre époque a réalisé ceux du premier auteur, qui était, dit-on, l'abbé Jacques Boileau, le frère de Despréaux. Serait-ce donc lui qui aurait eu raison ? Momentanément, oui ; mais au temps de Mme Tallien, on aurait cru le contraire, et d'ailleurs les femmes recommencent un peu, surtout quand il fait très chaud, à se dénuder le col. Il est vrai, il n'y a point d'abus.

Mon époque est encore très collet-monté, on peut le dire. Si janséniste qu'il fût, l'abbé Boileau eût peut-être été fâché de voir ses conseils de modestie si bien suivis et je crois qu'il eût frémi devant ces hauts cols, maintenus rigides par des épingles spéciales, où les femmes s'engoncent si douloureusement. Ainsi murées, elles ressemblent à ces doctrinaires de la Restauration dont la cravate était aussi étroite que leurs idées. Allons, c'est au tour de l'Apothéose du beau sexe de gagner." (Remy de Gourmont - Le chat Misère)

Tout cela pour en venir à une question cruciale: à notre époque où l'Abbé Boileau aurait eu le vertige en voyant toutes ces poitrines libres comme l'air , pensez-vous que les femmes en montrent trop ou pas assez ("des gorges nues")?

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Photo Abraham Bosse - Les Cinq Sens, v. 1638 : Le Toucher

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