« La redingote d'Angleterre (3) | Accueil | Du bordel (1) »

Mots de coucheries et autres polissonneries # Chronique 13

Je n’ai pas pu résister à l’appel de la délicate couverture rose de ce « Nouveau lexique érotique » de Alfred Delvau (1825-1867) réédité par l’Archange Minotaure. C’est une véritable délectation de redécouvrir ce petit chef-d'oeuvre de « mots vilains », qui joint le plaisir des mots aux plaisirs de l’œil, avec les illustrations du dessinateur Otusé, inspirées des estampes érotiques japonaises (les « shunga »), très recherchées à l'époque.

C’est aussi un miracle que ce livre, tiré à trois cents exemplaires, ait survécu alors qu’il fut condamné à la destruction totale par le tribunal correctionnel de la Seine en juin 1865, qui la qualifia de l’ouvrage « le plus froidement immonde qui existe ». Gloire, donc, à Alfred Delvau, ce parisien touche à tout et bohème, infatigable chroniqueur du Paris noctambule, qui revendiqua la mission de sauver du naufrage ces « nombreux mots orphelins qui grouillent dans le ruisseau » et de cataloguer tous les mots pittoresques à la gloire des lupanars parisiens chers à Flaubert et à Maupassant.

En filigrane, ce dictionnaire est un véritable pamphlet contre la censure et l’invitation à un langage libéré des tabous. « Ce qui se parle doit s'écrire, et tout doit se parler - même devant jeunes filles. Les mots ne sont pas ordes, ce sont les pensées qui sont sales ». Il critique avec virulence tous ceux qui « ont frappé de proscription tous les mots virils de notre langue, toutes les expressions bien bâties, qui avaient jadis droit au respect général » au profit des mots propres, de la périphrase et du sous-entendu (colportés par quelques « ecrivassiers » et le mouvement des Précieuses). L’expression de l’amour « ce sentiment de création moderne », à force de masturbation intellectuelle, en a oublier les choses de la fouterie !

Alfred_delvau_dictionnaire

Je ne peux pas m’empêcher de penser que son discours sur la réhabilitation du langage érotique est d’une cuisante modernité : « Où sont nos couilles du temps jadis ? ».Les mots de l’argot érotique ne devraient-ils pas se confondre dans le dictionnaire officiel ? A notre époque, ne sommes-nous pas encore puribonds, et surtout encore si peu outillés en matière de « langue érotique »? Car si certains mots ont franchi les pages de notre Robert national, beaucoup d’efforts restent encore à faire.

Finalement, la prémonition de Alfred Delvau est réalisée : « ce recueil pornographique » fait figure, comme il le souhaitait, de « document pour l’histoire de la langue et celle des mœurs du XIX siècle »(c’est peut-être dommage qu’il en soit seulement ainsi). Mais n’empêche qu’il réjouira sans aucun doute « les gourmets aussi bien que les goinfres, les lettrés aussi bien que les simples curieux » et tous ceux qui sont en mal d’imagination dans les alcôves.

"Nouveau lexique illustré" par Otusé de Alfred Delvau. L'Archange Minotaure, 2007

Cet article est paru dans Le Magazine des Livres en kiosque en Septembre 2007 - Copyright Katrin Alexandre 2007/2008

Commentaires

Oui mais la periphrase a tout de meme son charme. Il y a une coquille ici: "est survécu".

@vagant: exact, je corrige...

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Ecoutez... C'est divin!

Corto Santi, athmosphères sonores et photographiques

Boudoir Lounge

Ma SexoPhonic Radio

  • boud1a

Amoureux Larcins

  • boudoir2

Albums Photos

Un luxe de plaisir

A voir

Photos et modèles

Liaisons étrangères

Sexo Phonic Radio, emoustillez vos sens

Blog powered by TypePad
Membre depuis 07/2005

Souscrivez au fil RSS xml du Boudoir (clic sur ico

Stats Boudoir

Littérature érotique

Annuaires